
Scott Pilgrim est une série en 6 volumes de Bryan Lee O’Malley centré sur le Canadien Scott Pilgrim, musicien à temps partiel à Toronto, s’éprenant de Ramona Flowers, une Américaine livreuse de paquet Amazon. Pour continuer à sortir avec elle, il se retrouve à devoir affronter ses 7 evil-exes.
La particularité de la série est d’avoir un univers référentiel et décalé assez fort. Le tout s’installe quand même progressivement, jouant pas mal avec le jeu vidéo, la musique et les films, mais partant aussi dans d’autres délires (la recette de cuisine étant surement l’un des grands moments de la BD). Le tout est aidé par les trous de mémoire de Scott, plus souvent à côté de la plaque qu’autre chose. La série se construit donc selon ses propres codes, ce qui lui permet de bien se démarquer.
Sa force principale est ses personnages. Scott est plutôt excentrique, fun et cool, mais les autres ne sont pas pour autant délaissés, ma préférence allant à Wallace Welles. En tout cas, ils ont tous le droit à des développements, ce qui permet de bien les étoffer et que l’histoire dépasse clairement le côté “affrontement avec les exes”, surtout qu’il arrive parfois que cela soit vite expédié.
Scott Pilgrim s’affirme avant tout dans son humour, ses dialogues et ses personnages, plus que finalement dans l’univers référentiel qui l’anime, qui peut se présenter finalement comme un obstacle. Je ne baigne pas du tout dans la culture jeux vidéos, ce qui fait que je n’ai pas complètement connecté à tout dans l’oeuvre - bien qu’il nait de cela quelques bons délires.
Le problème se trouve justement là pour le film, Scott Pilgrim Vs. the World, qui va reprendre les evil exes et les références visuelles jeux vidéos et laisser quasiment tout le reste de côté. Le long métrage devant résumer 6 volumes, quasiment tous les personnages voient leur développement passer à la trappe - même Ramona, un comble quand même ! Des raccourcis sont pris (c’est compréhensible) et on se retrouve donc avec un sort de tournoi de concert loin d’être inspiré. La particularité dans la BD, c’est que le groupe de Scott est mauvais. Pour les oreilles du spectateur, ce n’est pas le cas dans le film, mais ce n’est pas pour cela que ce n’est pas lassant, au contraire. La musique prend donc une grosse place, avec les combats et pleins d’effets visuels. C’est en quasi continu, et au bout d’un moment, cela finit par fatiguer.
Le film est sur certains aspects et scènes ultra fidèle au comic, surtout dans les débuts. À savoir que le dernier volume n’était pas fini au moment du tournage, la fin se montre donc différente, exploitant Knives Chau de façon inédite pour le coup, mais suffisamment inspirée. Les personnages secondaires - exception faite de Wallace, justement - ne sont quasiment pas exploités, et sont coincés dans leur rôle de base, n’ayant aucunement l’opportunité de prendre une autre dimension. Le film enchaine les combats - la plupart se montrant fidèles à l’oeuvre d’origine - mais la romance ne prend pas du tout.
J’admets avoir été plutôt déçue. Je n’avais pas vraiment d’attente, mais le fait est qu’une grande partie de ce que j’ai aimé dans la BD a disparu. Le film suscite des questions, car il est radin en explications. Pour le coup, quand on a lu la BD, on sait à quoi il fait référence, mais au visionnage, on nous demande simplement d’adhérer avec le cerveau éteint. Le film n’est pas forcément déplaisant à suivre, mais il en fait beaucoup trop, enchainant les combats sans trop de répit - particulièrement entre Todd et Roxie, ce qui se montre plutôt éprouvant.
Donc, Scott Pilgrim c’est un comic book vraiment sympathique et bien foutu, et un film plus que moyen.
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